Je vous propose aujourd'hui la biographie de mon Sosa 18 : le grand-père maternel de mon grand-père paternel.
Cette photographie de Pierre Amédée m’a toujours impressionné.
Il est en fin de vie, en 1925, il est âgé de 54 ans.
On remarque un homme élégant, propre et aisé.
Son visage montre un fort caractère et un parcours pas toujours facile.
Voici son chemin entre 1871 et 1927.
Ardennes, Viel-Saint-Remy, 27 septembre 1871, 4 heures du matin.
Marie Eugénie CUIF a 22 ans.
En couches, trempée de sueur, le visage rougi par l’effort, elle pousse aussi fort que possible pour donner la vie à son premier enfant.
Mariée depuis plus d’un an à Jean Baptiste Delphin HERBAY, tisserand de profession, la jeune femme met au monde un garçon dont ses parents le prénomment Pierre Amédée.
Voilà le début de l’histoire, somme toute très commun.
Pierre Amédée grandit, puis fréquente l’école communale comme tout le monde.
Au début du mois de janvier 1881, Marie Eugénie est mère pour la deuxième fois d’une petite fille : Jeanne Marie.
Pierre Amédée a 9 ans.
Les cours à l’école sont ennuyants, le garçon se sent plus manuel qu’intellectuel, mais s’instruit néanmoins suffisamment pour réussir son brevet.
Mars 1886, Jeanne Marie décède à l’âge de cinq ans.
Son grand frère est apprenti-boucher, il a 14 ans.
En 1892, Pierre Amédée passe devant le conseil de révision dans le cadre de sa conscription pour effectuer le service militaire.
Il a les cheveux et les sourcils châtains clairs, ses yeux sont roux, le front et le menton ronds, un petit nez, la bouche moyenne et le visage ovale.
Sa taille n’est que de 1m58.
Il est ajourné pour faiblesse.
Il est néanmoins reconnu bon pour le service l’année suivante et part le 16 novembre 1893 pour être incorporé au 149ème régiment d’infanterie comme soldat de 2ème classe.
Le 24 septembre 1895, Pierre Amédée est mis en congé et reçoit un certificat de bonne conduite.
5 février 1896. Le boucher de 24 ans se marie à Viel-Saint-Remy avec Marie Léa CUIF, une cousine éloignée.
En effet, le grand-père de son grand-père, Henri Félix CUIF, est le père du grand-père de Marie Eugénie CUIF, sa belle-mère.
Marie Léa est née en 1879, elle est âgée de 16 ans à son mariage !
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| Marie Léa CUIF |
Le couple habite à Charleville-Mézières, 44 rue du Petit Bois, où est située la boucherie.
22 avril 1897, Marie Léa accouche d’une fille, sa première, prénommée Eugénie Jeanne Renée, mon arrière grand-mère.
26 mars 1898, Maurice Gustave Jean vient au monde, le premier fils de Pierre Amédée et Marie Léa. Hélas, il décède le 6 septembre suivant à l’âge de 6 mois.
11 décembre 1899, Julie Marie Renée naît, la deuxième fille du couple.
3 janvier 1903, c’est la naissance de Simone Marcelle, leur troisième fille.
27 juin 1905, Jean Pol voit le jour, deuxième fils de Pierre Amédée et Marie Léa.
6 juillet 1907, Georges Pierre vient au monde, leur dernier fils.
Marie Léa a enchaîné les grossesses avec 6 enfants en dix ans, dont probablement un retour de couches avec Maurice Gustave Jean.
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| Pierre Amédée HERBAY en 1910 |
La boucherie fonctionne bien, c’est un commerce florissant, sérieux, apprécié par sa clientèle.
Pierre Amédée est consciencieux, son travail de qualité est reconnu.
Marie Léa a le sens du commerce, c’est une maîtresse-femme surnommée « La Patronne ».
En 1910, la boucherie-charcuterie HERBAY est dirigée par Pierre Amédée et Marie Léa CUIF qui emploient un commis, une domestique et une repasseuse.
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| La boucherie HERBAY à Charleville en 1910 |
1914.
Pierre Amédée fait partie de l’armée territoriale depuis le 1er novembre 1905, c’est un « pépère ».
Il est néanmoins mobilisé le 1er août et rejoint le 45ème régiment territorial d’infanterie à Charleville.
Il a presque 43 ans.
Le 26 août, il est renvoyé « provisoirement » dans ses foyers, étant soutien de famille, père de 5 enfants.
Pierre Amédée n’arrivera pas à destination.
Il est fait prisonnier civil par les ennemis et envoyé en internement en Allemagne. La guerre l’a rattrapé.
Marie Léa se retrouve seule pour gérer le commerce, seule pour élever ses trois filles et ses deux fils, ne sachant pas où est son mari et comment il se porte.
Le camp dans lequel Pierre Amédée est interné compte une centaine de baraquements.
Il est entouré par une enceinte de deux mètres de haut dominée par des miradors.
Son aspect n’est pas sans rappeler celui des camps de sinistre mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Mais la comparaison s’arrête là.
Les conditions de détention n’y sont pas dramatiques.
Certes, les prisonniers souffrent du froid, de la faim, de l’isolement et d’une bureaucratie tatillonne et vexatoire, mais ils peuvent recevoir du courrier, des colis de victuailles et sont parfois autorisés à sortir en ville.
Toute une vie sociale est par ailleurs recréée dans le camp : université, chapelle, cafés, studio de photographie.
En tant que boucher, l’ardennais occupe une fonction essentielle pour l’alimentation de ses co-détenus.
Le temps passe et les nouvelles sont rares.
Grace au Bulletin Ardennais, Pierre Amédée fait passer ce message à sa famille le 31 décembre 1916 :
Ce sont de bonnes nouvelles qui donnent à Marie Léa le courage nécessaire pour supporter sa tâche en l’absence de son mari.
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| Marie Léa et ses enfants en 1916 |
1er août 1918.
Marie Léa est âgée de 38 ans, Eugénie 21 ans, Julie 18 ans, Simone 15 ans, Pol 13 ans et Georges 11 ans.
Pol vient d’être reçu avec succès aux examens du certificat d’études, classé 3ème de son canton.
Voilà bientôt 4 années que Pierre Amédée manque terriblement à son épouse et ses enfants.
Quand va t-il revenir ? Quand va finir cette satanée guerre ?
11 octobre 1918.
L’armistice aura lieu dans un mois, mais ça, Pierre Amédée ne le sait pas.
Il est rongé par l’éloignement de son pays, de sa femme, de ses enfants, de ses amis, de son commerce depuis trop longtemps.
Avec quelques amis de grande confiance, le boucher a préparé depuis quelques mois un plan pour se faire la malle afin de quitter le camp et rejoindre la France non sans risques et difficultés.
C’est le grand jour.
Discrètement, de nuit, les protagonistes prennent le large sans se faire repérer.
Le chemin du retour est compliqué, il va durer une bonne semaine.
Pierre Amédée retrouve sa patrie, sa famille et sa liberté le 20 octobre.
Il n’avait rien demandé, ne devait pas faire la guerre, et pourtant a subi quatre années éprouvantes loin des siens.
Marie Léa est soulagée du poids de l’attente et de d’inquiétude. Son mari est rentré, diminué mais vivant.
Leurs enfants sont ravis du retour de leur père à qui ils vouent un profond respect en raison de l’adversité qu’il a su traverser avec résilience.
La vie reprend son cours à la boucherie.
24 août 1919.
Eugénie «Jeanne» Renée a 22 ans.
Elle se marie à Charleville avec Albert Constant Honoré LARUE, 29 ans, employé aux titres de l’agence du Crédit Lyonnais de Charleville, mon arrière grand-père.
Ils auront 7 enfants, 3 garçons et 4 filles.
| Jeanne HERBAY et Albert LARUE |
3 septembre 1925.
Simone Marcelle a 22 ans. Elle se marie à Charleville avec Hubert Henri Eugène SAMSON, 23 ans, instituteur.
Ils auront 2 filles.
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| Simone HERBAY et Hubert SAMSON |
16 décembre 1927.
Charleville, 46 rue du Petit Bois, Pierre Amédée rend l’âme à une heure du matin.
C’est son gendre, Albert LARUE, maintenant fondé de pouvoir au Crédit Lyonnais, qui vient déclarer le décès à la mairie à 10h30 le même jour.
22 juillet 1929.
Jean Pol a 24 ans, il est boucher. IL se marie à Charleville avec Simone Paulette FOURY, 22 ans.
Ils auront deux garçons et une fille.
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| Jean Pol HERBAY |
| Simone FOURY |
25 février 1930.
Julie Marie «Renée» a 30 ans. Elle se marie à Charleville avec Georges Émile Isidore MALAISÉ, 23 ans, professeur de musique.
Ils auront une fille.
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| Georges MALAISÉ et Renée HERBAY |
29 avril 1935.
Georges Pierre a 27 ans. Il se marie à Charleville avec Juliette Nestorine Léopoldine NOËL, 22 ans.
Ils auront un fils.
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| Georges HERBAY et Juliette NOËL |
Marie Léa sera comblée par les mariages de ses enfants et sera une grand-mère formidable pour ses 13 petits-enfants.
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| Marie Léa en 1958 |
J’ai eu la chance d’être contemporain de mon arrière arrière grand-mère puisqu’elle est décédée le 22 septembre 1972 à 92 ans, dix mois après ma naissance.











