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Généalogiste Professionnel, Diplôme Universitaire Généalogie et Histoire des familles de Nîmes - mention Bien , Recherches, Coaching généalogique, spécialisé en parcours 1914-1918. Zone géographique Languedoc-Roussillon.

samedi 15 septembre 2018

Du rififi à Vaucouleurs - Épisode 1


Vendredi matin, 8 heures... Mairie de Cornimont dans les Vosges.

Nous sommes le 31 octobre 1890. Auguste JOANNÈS est venu déclarer son sixième enfant, Arthur Louis.


jeudi 18 janvier 2018

Mémoires généalogiques de ma grand-mère : chapitre 5


Résumé des chapitres précédents : ma grand-mère Huguette BAUDINET (1923-2015) a décidé il y a 15 ans de raconter la vie de ses aïeuls. 

Après l'histoire de son arrière grand-mère maternelle Manthélasie (chapitre 1), celle de Maria Germaine BOCQUET (chapitre 2), sa grand-mère maternelle, celle de sa grand-mère paternelle, Berthe Léonie TOUPET (chapitre 3), celle de son père, mon arrière grand-père, Fernand Alfred BAUDINET (chapitre 4), nous allons conclure ces biographies aujourd'hui avec celle de la grand-mère maternelle de Jean LARUE, époux d'Huguette, mon grand-père : "Les confidences de Grand'mère Léa".





NDR : Marie Léa CUIF est née le 21 novembre 1879 à Viel-Saint-Remy (08). Son père François Gustave (1850-1933), cultivateur à Viel-Saint-Remy, et sa mère Marcelline LEROUX (1858-1942) se sont mariés le 26 janvier 1878 dans la même commune.




Marie Léa se marie le 5 février 1896 à Viel avec Pierre Amédée HERBAY (1871-1927).
Il est boucher. 
Elle a 16 ans.




Pierre Amédée sera prisonnier civil le 26 août 1914. Il rentrera en France le 20 octobre 1918 après s'être évadé.



Ils auront 6 enfants : Eugénie Jeanne Renée (mon arrière grand-mère) en 1897, Marcel Gustave Jean en 1898, Julie Marie Renée en 1899, Simone Marcelle en 1903, Jean Pol en 1905 et Georges Pierre en 1907.





Voici le texte de ma grand-mère Huguette :

"En janvier 1964, Grand'mère Léa tomba sur le verglas et se cassa le poignet. Un lointain cousin de Grandchamp nommé TINOIS, rebouteux, lui remit ses os en place et consolida le tout avec un morceau de carton et une petite bande légère...

Elle vint pendant une dizaine de jours chez nous à Braux (NDR : Bogny-Sur-Meuse) en attendant que ma belle-mère Jeanne, sa fille, rentre de Houdain.

Voici quelques-unes des "confidences de Grand'mère Léa (Elle aurait aimé qu'on l'appelât "Mère-Grand") :

1 - L'école

Lorsque Léa eut 5 ans (NDR : en novembre 1884), sa mère, Man Céline, la conduisit à pied à l'école des filles de Viel-Saint-Remy. Il y avait 4 kilomètres entre la cense (le hameau) du Ronceau et le village. Sa mère la confia à l'institutrice ainsi que la "gamelle" dans laquelle se trouvait son repas de midi.
En partant, elle lui dit : "Tu as vu la route; ce soir, tu repartiras seule, tu trouveras le Père "Untel" à la croisée des chemins (lesquels ? Grand'mère ne me les nomma pas) et tu reviendras avec lui".

Je n'ai pas pensé de lui demander comment elle était chaussée pour faire ses 8 kilomètres par jour et par tous les temps.

-Le 1er octobre 1882, les 3 soeurs de Sainte Chrétienne sont remplacées par une institutrice laïque sur proposition du maire de Viel du 4 juin 1882. Mais les soeurs continuent à exercer à titre privé. Où Léa a t-elle été à l'école ?... lu dans "Vie d'un village de France" par Jean Jacques LEROUX"-




Viel-Saint-Remy 1917, soldats allemands sur la place




2 - La demande en mariage

Quant Léa eut 14 ou 15 ans, sa mère l'emmena aux fêtes de village des environs : Viel-Saint-Remy, Wagnon, Sery...

Pour ces sorties, elle lui fit faire une jolie robe à fleurs. Amédée, son mari, lui rappellera qu'il avait beaucoup aimé cette robe. Il connaissait Léa pour l'air vu aux Ronceaux quand il venait acheter des bêtes.

Suivant l'usage, il vint faire sa demande en mariage.

Quand il arriva, Man Céline et Léa le firent entrer auprès du Père Gustave et très discrètes, sortirent, mais, futées, écoutèrent derrière la cloison du poulailler qui jouxtait la cuisine.

Les deux hommes discutaient assis devant la cheminée.

Naturellement, le père trouvait sa fille bien jeune, mais Amédée lui répondit : "Justement, je la formerai".

Le pauvre ! Il ne se doutait pas qu'il allait s'allier à une maîtresse femme que ses gendres appelleront "La Patronne".

Au mariage en 1896, Grand'mère Léa avait 16 ans et Amédée 24.




Léa et ses 5 enfants : Jeanne, Renée, Marcelle, Pol et Pierre entre 1914 et 1918






3 - L'anniversaire

Je ne sais à quelle époque se situe cette anecdote.

Pour l'anniversaire de Léa, Amédée lui offrit une jolie plante. Léa trouvait le cadeau peu important et remerciait du bout des lèvres.

Mais Amédée de lui dire : "Cela te plait-il ? Regarde ces fleurs comme elles sont jolies..."

Le jeu dura un certain temps jusqu'au moment où Léa découvrit, cachées dans deux fleurs, deux boucles d'oreilles où brillait dans chacune un superbe diamant.




Léa, les pieds dans l'eau, août 1952. Francine BOUDET à gauche, Jeanne HERBAY à droite

4 - Nos souvenirs

Au mariage de François, notre fils, qui eut lieu dans les Vosges en septembre 1970, Grand'mère Léa avait participé aux festivités avec brio, mangé et bu comme tout le monde, dansé un slow et s'était couchée vers 2h du matin.

Le lendemain, Robert (NDR : le frère de mon grand-père, à droite sur la photo) fut chargé de la ramener à Viel car nous ne revenions que le surlendemain (avant de partir, elle avait fait sa gymnastique).

Donc, le lundi, nous reprenons le chemin du retour, assez fatigués et inquiets des conséquences de cette journée de liesse. 
Nous repassons par Viel.

Là, personne, porte fermée, pas de bruit...

Nous pensons : "Elle est malade".

Mais la voisine nous interpelle : "Madame Herbay est au jardin !".

Nous y courrons croyant trouver Grand'mère affalée sur une chaise longue.

Que nenni ! Nous la découvrons, gaillarde, la fourche en mains, retournant son compost...

Grand'mère Léa allait avoir 91 ans !!!"




Léa et son chapeau noir à la sortie de l'église après le mariage



Ma grand-mère Huguette avait envoyé ses textes aux membres de la famille accompagné de cette lettre :

"Voici mes élucubrations écrites par épisodes entre deux occupations ménagères ou autres.
Je m'aperçois qu'il n'y a pas beaucoup d'unité grammaticale.
J'ai écrit parfois à l'imparfait, au passé simple ou même au présent. Tant pis pour les critiques que pourraient faire des intellectuels de la famille.
(J'espère qu'il y aura plus de matheux que de littéraires pour lire cette prose)
J'ai écrit avec mes souvenirs, donc contestables car on a tendance à enjoliver ou à dramatiser les événements que l'on a pas vécus mais que l'on vous a racontés.
Donc si quelqu'un (qui ? à part ma tante) avait des rectifications à faire, je les accepterais volontiers."







Mariage LARUE - HERBAY le 24 août 1919 à Charleville. Léa est à gauche de la mariée




jeudi 11 janvier 2018

Mémoires généalogiques de ma grand-mère : chapitre 4


Résumé des chapitres précédents : ma grand-mère Huguette BAUDINET (1923-2015) a décidé il y a 15 ans de raconter la vie de ses aïeuls. 

Après l'histoire de son arrière grand-mère maternelle Manthélasie (chapitre 1), celle de Maria Germaine BOCQUET (chapitre 2), sa grand-mère maternelle, celle de sa grand-mère paternelle, Berthe Léonie TOUPET (chapitre 3), nous allons découvrir aujourd'hui le "curriculum" de son père, mon arrière grand-père : Fernand Alfred (Albert) BAUDINET.





Mariage de Fernand et Germaine le 3 décembre 1921


"Né le 10 mars 1898 à 18h30 à Longwy-Haut (54), décédé le 12 avril 1957 à Warcq (08).

Fils de Guillaume dit Jean BAUDINET (1854 Thionville - 1900 Longwy) et de Berthe Léonie TOUPET (1868 Charleville - 1950 Charleville).

Fratrie : 
Georgette Berthe Émilie BAUDINET (1894 - 1985)
Hélène BAUDINET (1896 - 1898)
Florent Léon BAUDINET (1899 - 1985)





Berthe et Guillaume dit Jean habitent Longwy-Haut où les parents BAUDINET ont une entreprise de monuments funéraires à côté du cimetière.


Après la mort de Guillaume dit Jean due à un "chaud et froid" pris en sculptant (pendant l'hiver) des motifs sur la façade du Château Raty à Mont-Saint-Martin près de Longwy, la famille BAUDINET quitte Longwy et vient demeurer à Charleville, d'abord rue des Juifs (actuellement rue H. Taine) puis rue des Charrons où la tante Marguerite DEMAZY-TOUPET tenait une mercerie.

Fernand et Léon vont gratuitement à l'école Saint Rémi, leur mère lavant le linge des prêtres de cette école.

Fernand passe le CEP en 1911, il n'est pas reçu. Sa mère ne le trouvant pas assez fort pour aller travailler à l'usine, l'envoie chez les maraîchers de Saint Julien (écart de Mézières). Il ira ensuite ouvrier à l'usine Gailly à Charleville.





1914 - C'est la guerre et l'invasion allemande.

Fernand, sa mère, frère et soeur évacuent à Paris. Ils demeurent 42, avenue de la Reine à Boulogne-sur-Seine.

Fernand travaille chez Schneider comme tourneur. Sa mère Berthe et sa soeur Georgette chez Aéroplanes Farmann (voir chapitre 3), son frère Léon aux Magasins Réunis.

1917 - Après l'hécatombe en 1916 à Verdun, on lève la classe 18.

Fernand est mobilisé le 17 avril 1917 à Versailles au 83e Régiment d'Artillerie Lourde comme 2e canonnier servant, n° matricule 10305 à la 61e Batterie.




(NDR : sur l'acte de naissance et de mariage de Fernand, son deuxième prénom est Alfred, sur sa fiche matricule, c'est Albert... une erreur militaire ?)

Permission du 29 octobre au 9 novembre 1917.

5 janvier 1918, à l'hôpital complémentaire de Chalons-en-Champagne : "Induration du sommet droit" (contracté en service commandé).

28 janvier 1918 : sortie de l'hôpital.

5 juillet 1918 : régime exceptionnel pour BAUDINET Fernand, soldat au 13e RAC à l'hôpital temporaire n° 6 à Chalons pour congestion des sommets. Entré le 6 juillet, sorti le 10 et guéri.

Permission de détente au camp le 10 juillet 1918.

3 août 1918 : hôpital auxiliaire de Troyes. À sa sortie : pleurite sommet droit.

Il nous avait raconté qu'il avait été en convalescence à Pamiers (Ariège)... quand ? (rien sur le livret militaire).



Fernand au 13e RAC



Mars 1920 : Médaille de la Victoire.



Mai 1920 : Certificat de bonne conduite.

Juin 1920 : démobilisé, se retire rue du Petit Bois à Charleville.

26 juillet 1920 : embauché à l'usine Rheinardt en qualité de tourneur en fer (jusqu'au 14 septembre 1934).

3 décembre 1921 : mariage avec Germaine HUT, domicile au 13 rue des Marbriers à Charleville.





1er décembre 1923 : naissance d'Huguette sa fille, même domicile.

24 septembre 1927 : naissance de sa deuxième fille Michelle, domicile rue Irenée Carré.

24 septembre 1931 : Fernand est opéré à l'hôpital de Charleville pour un ulcère au duodénum. (prix d'une consultation chez le docteur : 15F, chirurgien : 20F)

Chômage : l'usine ferme 3 jours sur 7. Fernand fait des petits et des gros boulots.

14 septembre 1934 : fermeture définitive de l'usine Rheinardt.

24 septembre 1934 : Fernand prend la gérance de Docks Ardennais à Warcq en versant une caution de 3000F (souvenir incertain) avec l'aide de sa belle-mère Maria HUT, un oncle Jean Baptiste Azer CHAMPEAUX et une cousine Charlotte DELVAS.

Fernand va vendre avec son camion dans les villages aux alentours, son épouse tient le magasin.





1939 - C'est de nouveau la guerre : mobilisation générale.

3 septembre 1939 : Fernand est rappelé, le camion est réquisitionné par l'armée.

17 septembre 1939 : affecté à la 203e Compagnie du C.OR.A. n° 1 (NDR : Centre d'organisation automobile, organismes mis sur pied à la mobilisation, chargés de rassembler les véhicules et les animaux provenant de la réquisition ou de la construction, de les mettre en condition et de les livrer aux unités.) à Amiens puis à Bruyères-le-Châtel (91).

22 novembre 1939 : il quitte Bruyères-le-Châtel où il était le chauffeur du Commandant.

(NDR : réformé temporairement n° 2 par la Direction de la Commission Spéciale de Réforme de Versailles en novembre 1939 pour ulcère duodénal opéré)

14 février 1940 : obtention d'une Berliet n° 322 AV pour les tournées, avec carte de circulation temporaire du 14 février au 14 mai 1940 (on allait évacuer le 13 !!).

10 mai 1940 : les allemands envahissent la Hollande et la Belgique.

13 mai 1940 : lundi de Pentecôte. À 4h du matin, évacuation dans la Berliet, 13 personnes, au volant : Fernand BAUDINET avec Camille HUT et son chien. À l'intérieur, sa mère Berthe, sa soeur Georgette, Maria HUT sa belle-mère, sa femme Germaine, ses filles Michelle et Huguette, Juliette la femme de Camille et ses 4 enfants : Marcel, Robert, Jacqueline et Jean.

15 mai 1940 : arrivée à la Ferrière (85)

27 mai 1940 : Fernand est embauché au camp d'aviation à 6h du matin, comme tourneur.

11 juin 1940 : ordre de mission de Transocéanie pour Paris pendant l'avance allemande.

De juillet à novembre 1940, Fernand est embauché pour les moissons, les vendanges, chez un maçon pour démolition de bâtiment, construction d'un puits, ramonage, etc...

26 novembre 1940 : Fernand part pour Paris avec son beau-frère René HUT.

29 novembre 1940 : Fernand arrive à Warcq avec un laissez-passer (les Ardennes sont en zone interdite).

14 février 1941 : retour de Germaine et Michelle.

De 1940 à 1944, Fernand va chercher le ravitaillement à Charleville, aux Docks Ardennais, avec la voiture et le cheval d'un cultivateur (Monsieur SIMÉON). Il va chercher le pain pour le village chez un boulanger de Manchester (écart de Mézières), il remplace aussi le facteur.

En mai 1942, Fernand tombe à l'eau avec sa remorque de pain en traversant la Meuse avec le bac, conséquence : congestion pulmonaire.






3 septembre 1944 : Libération, les Américains sont à Warcq.

19 février 1950 : décès de sa mère, Fernand prend froid aux obsèques, conséquence : congestion pulmonaire.

En 1956, Fernand entre à l'hôpital de Manchester.

12 avril 1957 : Décès de Fernand.

19 avril 1957 : Obsèques, messe à Warcq, inhumation à Charleville.

Pendant l'occupation, Fernand a été réquisitionné pour aller surveiller la nuit les voies de chemin de fer."





NDR : ma grand-mère me racontait que Fernand son père avait probablement été gazé lors de la Grande Guerre et qu'il en était revenu avec un certain alcoolisme.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, elle l'accompagnait au café où il buvait par addiction. Au moment où il se rendait aux toilettes, elle en profitait pour vider la bière de son père qu'il ne remarquait pas à son retour car "cela lui faisait ça de moins", me disait-elle avec un air affectueux. 

Mon père m'a dit que son grand-père Fernand décédé l'année de ses onze ans, était un homme doux qui respectait les enfants. Il faisait souvent des blagues et rigolait bien.


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Le prochain chapitre sera le dernier des mémoires d'Huguette BAUDINET.












jeudi 4 janvier 2018

Mémoires généalogiques de ma grand-mère : chapitre 3


Résumé des chapitres précédents : ma grand-mère Huguette BAUDINET (1923-2015) a décidé il y a 15 ans de raconter la vie de ses aïeules. 
Après l'histoire de son arrière grand-mère maternelle Manthélasie (chapitre 1) et celle de Maria Germaine BOCQUET (chapitre 2), sa grand-mère maternelle,  nous allons aujourd'hui découvrir le parcours de sa grand-mère paternelle : Berthe Léonie TOUPET.



Grand'mère Berthe

"Berthe Léonie TOUPET, née le 7 décembre 1868 à Charleville (08), décédée le 19 février 1950 dans la même ville, fille de Charles Adolphe TOUPET et de Joséphine Octavie HUBERT.




Lorsque Berthe vint au monde, sa soeur Marie Philomène avait 12 ans, son frère Alfred Léon 17 ans et son frère aîné Joseph Charles Albert 19 ans.





Elle ne fut pas appelée "Désirée"... 
Ses parents étaient cordonniers dans l'avenue de Flandres (les TOUPET étaient cordonniers depuis 1750). 

Le père, Charles Adolphe faisait des chaussures dont le bas était en cuir et la tige en feutre. Elles se fermaient avec une succession de petits boutons ronds. C'est son épouse Joséphine Octavie qui faisait les boutonnières et cousait les boutons.



Joséphine Octavie HUBERT


En plus de leur échoppe, il tenaient un café et une petite épicerie. À l'époque, pas de radio et de télé, on chantait facilement dans les cafés.
Mais chez les TOUPET, une affiche stipulait "Ici, on ne chante pas !", l'atmosphère n'était pas à la gaudriole...

Et voilà Berthe qui arrive en trouble-fête.

On la met en nourrice : pour cela, on fait appel à une femme de la Semoy, de Bohan en Belgique.
Elle vint la chercher la Berthe et l'emmena dans sa hotte (tout ce trajet à pied, environ 30 km aller et retour).

Je ne sais pas quand elle revint : peut-être avant ou pendant la guerre de 1870.


Berthe disait "vous" à ses parents mais n'était pas disciplinée. Elle allait à la maraude aux poires dans une propriété voisine.
À l'école, chez les soeurs, elle était punie pour ses pitreries. En pénitence dans une mansarde de l'école, elle passait par la fenêtre, se glissait sur le toit vers la fenêtre d'une autre mansarde où étaient des élèves qu'elle faisait rire au grand dam de la soeur.


Berthe eut beaucoup de peine lorsque sa soeur Marie Philomène mourut en 1875 de la typhoïde.


Venant de Thionville annexée, une famille de lorrains, les BAUDINET, qui avaient opté pour la France en 1872, s'installa dans le quartier.
C'était des entrepreneurs de monuments funéraires. Le nouveau cimetière se trouvait en haut du Faubourg de Flandres, donc très proche.

Une idylle naissait entre Berthe et Guillaume dit Jean BAUDINET. 
Ce dernier était tailleur de pierre; il avait été sculpteur au cimetière du père Lachaise où il gagnait 90 centimes de l'heure (dixit tante Georgette).

Il avait 13 ans de plus que Berthe et des idées socialistes avancées : le père de Berthe, Charles Adolphe, était décédé en 1886, sa mère Joséphine refusa cette union.

Pendant ce temps, les BAUDINET étaient partis s'installer à Longwy (même métier près du cimetière de Longwy-Haut).

Le 5 septembre 1891, Joséphine meurt.

Berthe ne perd pas de temps : elle fait vendre la maison qui après partage avec ses 2 frères reçoit 2983 F or. 
Elle part à Longwy-Haut où elle retrouve son Jean et se marie le 20 novembre 1891.





Ils auront 5 enfants : le premier mort-né, puis tante Georgette en 1894, Hélène (1896-1898), mon père Fernand en 1898 et oncle Léon en 1899.

À Noël 1899, Guillaume dit Jean attrape froid en sculptant des motifs sur une maison de maître des aciéries de Mont-Saint-Martin.

Il meurt le 24 juin 1900. Il a 46 ans, grand'mère n'a pas encore 32 ans.

Elle quitte Longwy-Haut et revient avec ses 3 enfants à Charleville où elle pense trouver du travail, car sa dot a fondu avec la maladie de son mari.
Elle s'adresse aux soeurs qui lui trouvent une place de femme de chambre mais à une condition : mettre ses enfants à l'orphelinat.

Elle refuse et se met laveuse. 
Elle gagnera 25 centimes de l'heure (5 sous). 
Elle ira laver dans les lavoirs municipaux de Charleville ou à domicile, mais le plus souvent dans le milieu religieux, chez les curés et les religieuses.





Lavoir de la rue Ambroise Croizat en faisant angle avec le chemin du Moulin du Cierge


De ce fait, ses garçons iront à l'École Saint-Rémi gratuitement tandis que tante Georgette ira très peu en classe (où ?), souffreteuse et ne voyant que très peu.


1914. C'est la guerre. Grand'mère et ses 3 enfants partent sur les routes de l'exode et, je ne sais comment, se retrouvent à Paris.
Grand'mère et tante Georgette sont embauchées chez "Aéroplane Farman".

https://fr.wikipedia.org/wiki/Avions_Farman




J'ai vu les feuilles de paye : en 1917, tante Georgette est payée 0,65 F de l'heure comme employée de bureau. En 1918, grand'mère Berthe touche 0,70 F de l'heure comme vérificatrice. 
Oncle Léon travaille aux Magasins Réunis, papa à l'usine Schneider comme tourneur. 
Mais en 1917, il part à la guerre car on lève la classe 1918, il a 19 ans.


La guerre finie, ils reviennent à Charleville où ils retrouveront leur maison rue des Charrons avec quelques meubles. (avant la guerre, ils avaient habité rue des Juifs maintenant rue H. Taine)
Dans cette rue détruite pendant la guerre 40, demeurait une tante TOUPET mercière.

Puis ils iront rue du Petit-Bois au 3e étage (que nous avons connu enfants).



Grand'mère était asthmatique et montait chez elle en soufflant à chaque étage, elle s'asseyait sur les marches pour reprendre sa respiration (ceci en fin de vie).

Elle éleva ses enfants d'un façon rigoureuse et 2 autres garçons : Jean et René MARCHAND. Leur mère travaillait, son mari l'ayant abandonnée... ces garçons deviendront prêtres.

Entre les deux guerres, Grand'mère continuera à être laveuse à domicile dans les maisons bourgeoises ou chez des commerçants (ISNARD, Melle JOSEPH Bd Gambetta, les JOSEPH rue du Moulin, les MOREAU marchands de charbon, etc...).

Elle alla se faire photographier en tenue de laveuse (NDR : première photo de ce billet) pour qu'on ait un souvenir d'elle telle qu'on la connaissait (au grand émoi du photographe TELLENE qui était un spécialiste des événements plus sélect : communions, mariages).

Elle avait la foi du charbonnier. 
À Noël, elle m'emmenait voir les crèches des églises de Charleville (Notre-Dame, le Sacré-Coeur, la Chapelle de l'hôpital et le baraquement qui fut remplacé par l'église Jeanne d'Arc).

Le 13 juin, j'ai le souvenir d'avoir été avec elle en pèlerinage à Hauts-Buttés.

On partait le matin, Charleville-Château Renault en train, puis à pied. De là, nous montions vers le village de Hauts-Buttés où l'on fêtait St Antoine de Padoue en passant par Laval-Dieu, les Woieries, au moins 15 km aller...



Église Saint Antoine de Padoue à Hauts-Buttés



Je l'ai toujours connue sans dents, un visage tout ridé, des mains aux doigts noueux, sans lunettes, des cheveux gris bien tirés avec un petit chignon.

Elle était vêtue d'une grande jupe gris foncé, un caraco, un tablier à petits carreaux bleus, aux pieds des feutres avec des caoutchoucs. Le dimanche, un grand manteau noir sur une robe noire, un chapeau haut et rond.
Ce jour-là, elle mettait des chaussures sans talons (genre ballerines) que Monsieur HUARD lui faisait car elle avait les pieds tout déformés.

Grand'mère était sévère mais avait un coeur d'or et donnait ce qu'elle avait.

Par exemple : "Grand'mère et tante Georgette (avec qui elle demeurait) faisaient leur 'gougette' (des économies) dans une tirelire pour aller à Lourdes. Un jour, tante Georgette trouve la tirelire vide. Explications : les voisins, les MOREAU, marchands de charbons, avaient besoin d'un cheval, grand'mère les avait aidés."



Elle aimait rire et faire rire. La veille de la communion de ma soeur Michelle, je l'entends dire à maman : "Ne me mets pas à côté de Georgette, que je puisse chanter ce que je veux".
Et le lendemain, elle chanta "Fais-moi zizi-panpan", chanson à double sens, ce qui était courant à cette époque.



Maman racontait qu'au lendemain de son mariage avec Papa (On faisait un repas après la messe du dimanche où toute la notice assistait), on vit arriver un gars avec une casquette sur l'oreille, un foulard autour du cou, un mégot pendant aux lèvres. 
Maman et Papa demandèrent aux invités qui était cet individu. Personne (même pas ses enfants) n'avait reconnu Man Berthe.





Mariage de Fernand BAUDINET et Germaine HUT



Elle aimait rire, mais il ne fallait pas lui manquer de respect. 
Un client qui venait rechercher son linge (elle lavait et repassait) et qui lui faisait des avances, fut envoyé manu-militari dans les escaliers où il déboula jusqu'à l'étage inférieur.

C'était une femme courageuse et digne : elle éleva ses enfants sans l'aide de sa famille TOUPET (ses cousines germaines étaient mariées l'une à un docteur, l'autre à un chirurgien dentiste).

Elle aura 3 congestions pulmonaires... La troisième l'emportera en février 1951.

Grand-mère Berthe était forte physiquement et mentalement, sans détours, simple et très croyante...

C'était la "Grande Berthe".




Fernand, Léon et Georgette