Qui êtes-vous ?

Ma photo

Généalogiste Professionnel, Diplôme Universitaire Généalogie et Histoire des familles de Nîmes - mention Bien , Recherches, Coaching généalogique, spécialisé en parcours 1914-1918. Zone géographique Languedoc-Roussillon.

lundi 24 septembre 2018

Du rififi à Vaucouleurs - Épisode 2


Dans l'épisode précédent, nous avons découvert Arthur Louis JOANNES, sa famille et son parcours depuis sa naissance jusqu'à son incorporation et son affectation au fort de Vaucouleurs (55) à la fin de l'année 1912.



Le fort contient plus de 600 hommes, 8 chevaux, une infirmerie de 30 lits et... une femme, la cantinière.




Il s'agit de Madame Maria Anna RUHLMANN qui est née le 28 septembre 1881 à Erlenbach (Albé 67). 
L'Alsace était alors sous occupation allemande.






Elle se marie le 25 septembre 1906 à la mairie du IIIe arrondissement de Paris avec Henri Constant BOURRÉE, né le 15 novembre 1882 à Saint-Pierre-lès-Calais (62).






Le couple aura une fille, Henriette Odile Augustine, née le 1er juin 1907 à Neufchâteau (88).

Henriette se mariera après la guerre, le 26 octobre 1929 à la mairie de Saint-Dié-des-Vosges, avec Adrien PETEUIL.



En consultant la fiche matricule d'Henri BOURRÉE, on observe ses domiciles successifs pour suivre le parcours de la famille.

On remarque également son métier : d'abord palefrenier puis cantinier.





"La cantinière, généralement l'épouse d'un sous-officier du régiment, était celle qui en temps de paix s'occupait de la cantine, lieu de distribution de vivres et de boissons pour les hommes de troupe. Elle était la seule femme à vivre à l'intérieur de la caserne, dans un logement séparé qu'elle partageait avec son mari. En campagne, les cantinières suivaient les troupes pour assurer le ravitaillement et les diverses tâches de la vie quotidienne. Ainsi étaient-elles amenées à faire la lessive, à servir de barbier et à donner les premiers soins aux blessés. Même si elles étaient tenues en principe à l'écart des champs de bataille, elles côtoyaient souvent le danger au péril de leur vie.
La suppression des cantinières en 1914 constitua l'aboutissement d'un processus de retrait progressif des femmes de l'univers guerrier."


Les mots des soldats, de Odile Roynette, éditions Belin 2004, ISBN 2-7011-3050-6

"La vivandière (ou cantinière) est un terme utilisé pour désigner les femmes attachées à des régiments pour servir de personnels de service. Leur fonction historique réelle est la vente de vin et spiritueux aux troupes ainsi que le travail dans les cantines, ce qui conduit à l'adoption du nom « cantinière » qui est venu à supplanter l'original « vivandière » à partir de 1793 (...) En 1905, le ministère de la Guerre a finalement éliminé les cantinières, tout en les remplaçant par des cantiniers hommes qui devaient être des anciens combattants retraités. Les femmes qui avait été autorisées purent continuer, de sorte que certaines servir jusqu'à la Première Guerre mondiale, mais elles n'étaient pas autorisées à aller au combat.(...)Les soldats vivandiers étaient souvent trop occupés par leurs obligations militaires et passaient beaucoup de temps à vendre, de sorte que leurs colonels leur ont accordé la permission de se marier. Leurs épouses sont devenues de facto vivandières (la version féminine de vivandier). La raison pour laquelle cette entreprise privée d'approvisionnement était nécessaire était principalement la défaillance du système logistique qui arrivait rarement à fournir aux troupes la nourriture, boissons et autres éléments, hormis les rations de base. Si les troupes ne peuvent s'approvisionner, alors le risque de désertions augmente. Le fait de permettre aux vivandières de compléter les rations de l'armée permet ainsi de diminuer le risque de désertion et facilite la vie des troupes dans le camp."

Wikipédia


Seule femme présente au fort, Maria Anna est "protégée" en raison de sa fonction.

Outre son activité de préparation de l'ordinaire (repas commun des soldats), elle propose ses services pour l'entretien du linge, de l'hygiène pileuse, de la vente de divers produits comme le tabac, l'encre pour la correspondance, mercerie, etc... et surtout, surtout le vin !

Le confort mis à disposition des militaires par la cantinière est primordial pour l'entretien du moral de la troupe, confort qui pouvait passer par quelques plaisirs charnels pour certaines.

Ce n'était pas le cas de Maria, épouse et mère d'un enfant de 7 ans.

Pour améliorer la vie quotidienne des hommes, Maria élevait à l'extérieur du fort des animaux domestiques, une chèvre pour son lait et des lapins pour leur viande.

Chaque jour, elle quittait le fort pendant une heure pour les nourrir et s'en occuper.





... Juillet 1915

Maria est âgée de 33 ans. 
Henriette qui vit auprès de sa mère vient d'avoir 8 ans. 
Henri, le père, est mobilisé au 10e régiment de chasseurs à cheval stationné près de Hersin-Coupigny (62). 

Il ne va pas faire très chaud pendant ce mois de juillet 1915 : on relève des températures maximales autour de 18,5°...


Mardi 13 juillet. 

C'est la veille de la fête nationale.

La journée est relativement calme au fort. 

La carte du front du 13 juillet 1915 montre qu'il est bien à l'arrière et ne subit pas ce qu'endurent les bonhommes qui sont au contact.





Un soldat à l'arrière est au repos, mais pas dans un fort. Il s'ennuie.


Ce jour là, Maria raconte :

"Le 13 juillet, vers 17 heures, je suis sortie du fort pour aller soigner mes bêtes, logées dans une baraque en dehors du fort. En passant au poste (de garde), le canonnier Perrin m'adressa la parole pour avoir du vin et me demanda si je serais longtemps absente. 
Je lui répondis environ une heure, comme d'habitude.
Comme il n'y avait personne pour garder ma cantine, je suis rentrée plus tôt que d'habitude.
Vers 5h30, en pénétrant dans mon logement, dont la porte était fermée à clef, j'ai regardé partout, sous le lit, derrière les portes.
Puis revenant dans le cabinet noir, je me disposais à allumer une allumette pour passer l'inspection de ce local très obscur.
J'étais inquiète toutes les fois que je m'absentais, à cause de vols répétés d'argent dont j'avais été victime."

Maria entra dans le cabinet noir et subitement...




... Nous le saurons dans le prochain épisode :)



___


Sources :


  • Mémoire des Hommes
  • Archives départementales du Bas-Rhin
  • Archives de Paris
  • Archives départementales de la Meuse
  • ebay.fr
  • Carto1418.fr

2 commentaires: